Médicaments du cancer : allons-nous vers des coûts insoutenables ? Par Philippe Petit

LES POMPIERS DE L’ESPOIR s’expriment lors d’un très beau débat, où la parole des patients et des associations a été présente et très entendue, sur un sujet tout à fait majeur, le coût prohibitif des nouveaux médicaments du cancer.
Voici la tribune de notre Colonel Philippe Petit, parue dans « Le Monde » et « La Croix » :

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Médicaments du cancer : allons-nous vers des coûts insoutenables ?
Par Philippe Petit, membre du comité de patients de l’Institut Paoli-Calmettes (IPC)
Il y a un peu plus d’un an, regardant dans le rétroviseur l’épreuve du cancer que je venais de traverser depuis la découverte de mon myélome en 2007, je constatais que je devais ma vie à la solidarité fondamentale de notre système de santé. Evaluant le coût de la prise en charge de mon myélome à plus de 100 000 Euros, je mesurais la chance d’être malade dans un pays où l’on sort sa carte Vitale et non Visa pour se soigner, et où l’on conserve son salaire pendant les longs arrêts maladie que suppose le traitement du cancer.
Je ne croyais pas si bien dire en saluant la qualité de notre système de protection qui est trop souvent décrié, mais, aujourd’hui, je suis profondément inquiet pour sa survie. En effet, le débat actuel autour du coût des médicaments contre le cancer, particulièrement les thérapies innovantes, soulève un risque, majeur, celui de ne plus pouvoir maintenir longtemps cette solidarité dont j’ai bénéficié, à cause de médicaments excessivement onéreux.
Un des médicaments qui m’a été donné dans le traitement de mon myélome, le Velcade (Bortézonib), coûte en moyenne entre 28 000 et 37 000 Euros. Je n’ai pris conscience de ce coût que récemment, en acceptant l’invitation de l’Institut Paoli-Calmettes (IPC) à participer à un prochain débat public- le 28 janvier- sur le coût des médicaments innovants en cancérologie. Je suis en effet membre du comité de patients de cet établissement dans lequel j’ai été traité par chimiothérapie puis autogreffe.
En me penchant sur le sujet , j’ai découvert avec consternation ce qui ressemble à une inflation excessivement dangereuse, une surenchère des coûts, avec des molécules qui atteignent des sommes astronomiques : ainsi, un autre médicament, qui fait maintenant partie du traitement « standard » du myélome, le Revlimid (Lenalidomide) , médicament fourni aux patients en rétrocession hospitalière, a représenté en 2014 un chiffre d’affaires de 140,7 millions d’Euros, soit pour la CNAMTS, le 3ème poste de dépenses en produits rétrocédés en France ! A l’IPC, ce médicament représente le 1er budget de rétrocession, évalué en novembre 2015 à 2,3 millions d’Euros.
Autre maladie, autre produit, autre exemple, le Glivec (Imatinib), premier traitement miraculeux des leucémies myéloïdes chroniques (LMC) dont le coût annuel, par patient et par an, est de 30 000 Euros en France et atteint 100 000 $ aux Etats-Unis. Des médecins américains de renom, officiant dans les plus grands centres de lutte contre le cancer américains, mais aussi la presse américaine la plus sérieuse, se sont émus déjà de ce que le Wall Street Journal a qualifié de « toxicité financière » des médicaments contre le cancer.
Près de 1 000 produits d’oncologie sont en cours de développement clinique dans le « pipeline » des industriels. 60% d’entre eux sont dits « biologiques » et souvent « ciblés », et donc seront très onéreux si la logique actuelle continue de s’appliquer. On estime que les dépenses en médicaments anticancéreux, au niveau mondial, à 100 milliards de dollars en 2014, soit une hausse de 10% par rapport à l’année précédente, et les projections prévoient qu’elles atteindront 117 milliards en 2018, soit une croissance annuelle estimée entre 6% et 8%.